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Nos articles de blog consacrés à des événéments et des lieux liés de près ou de loin au domaine de l’art tribal africain.

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Sainsbury African Galleries au British Museum : Noël dans l'art africain au coeur de Londres

Etienne Z

Superbe perspective nocturne de la ville de Londres, en particulier Tower Bridge depuis le sommet du Shard

L’art tribal africain au British Museum, Londres

Dans la continuité de nos visites au Musée africain de Namur et au Musée International du Masque de Binche, je faisais, à l’occasion de Noël, une petite visite du fameux British Museum de Londres pour notre Galerie L&Z Arts. De quoi vous ramener quelques images et un récapitulatif de ce qu’on trouve au sous-sol, plus précisément dans la galerie Sainsbury dédiée à l’art tribal africain dans laquelle le visiteur, en l’occurence moi, sera émerveillé par la vie culturelle d’Afrique, à la fois passée et présente.
On y trouve de nombreuses pièces d’art primitif provenant de divers groupes ethniques à travers le continent au cours des siècles : des objets du quotidien comme des pièces d’exception.
Le British Museum possède pas moins de 73 000 objets d’art premier africain (statues, masques, bronzes et céramiques confondues) dont une infime partie seulement est exposée. En regard de ces objets d’intérêts ethnographique et historique, on découvre aussi les travaux d’artistes contemporains renommés inspirés par l’art primitif africain.

L’entrée de la galerie d’art africain “Sainsbury”.

Figures des Luba, Dogon, Baoulé,…

La première salle nous plonge immédiatement dans le coeur du sujet ; les amoureux du Congo en seront ravis puisqu’on y observe des pièces Luba comme ce fameux siège à caryatide dans le style du Maître de Buli, si expressif, trônant à côté d’une statue féminine à la patine noire encore suintante d’huile. On notera la présence de pièces plus petites telles que des appuie-nuques figuratifs d’une finesse remarquable dont les personnages caryatidiques arborent la coiffe si particulière du(es) maître(s) de la coiffure en cascade.
À proximité, une modeste figure aux bras levés et à l’épaisse patine croûteuse datant du 14ème siècle représentant probablement un nommo (ancêtre mythologique) attribuée par les Dogon à un peuple les ayant précédés dans la région des falaises de Bandiagara au Mali : les Tellem. Ces pièces ancestrales bien souvent sorties de leur contexte ont rendu leur étude difficile. Elles sont néanmoins attribuées au culte de la pluie ou étaient inhumées avec leur propriétaire. Enfin, discrètement perchée sur son socle, une magnifique statue féminine Bambara dont le tronc est couvert de scarifications, apparemment liée au culte des ancêtres et à la fécondité.

Des couteaux en fer aux pots en terre

D’autres pièces viennent compléter cette sélection, dont deux statues royales des Kuba-Bushoong de type Ndop, l’une dans la première salle et l’autre dans la seconde. Pour rappel, les rois Kuba étaient parfois commémorés au travers de figures qui, bien que n’étant pas à proprement parler des portraits, présentaient des caractéristiques et éléments spécifiques au roi qu’elles représentaient et devaient par ailleurs contenir leur esprit.
Dans cette seconde salle, on découvre également une riche collection de “couteaux de jet” aux formes plus complexes les unes que les autres ainsi qu’un ensemble de boucliers. Le terme “couteaux de jet” fût inventé par les ethnologues afin de classer une large gamme d’objets ne pouvant être décrits comme des haches, des lances ou des épées et dont certains étaient destinés à être lancés. On retrouve ces fameux couteaux dans une vaste région de l’Afrique, des plaines du Sahara jusqu’aux denses forêts bordant le fleuve Congo.
Dans la suite logique, quelques outils de forgeron sont exposés. Mais n’oublions pas de mentionner les figures colorées igbo ainsi que plusieurs figures de reliquaires Kota, dont une janiforme.
Un grand espace est également dédié à la poterie et aux céramiques, parfois antiques, qui servaient des desseins tantôt usuels, tantôt rituels mais témoignent toutes d’une maîtrise technique et d’un souci stylistique évidents.

Quelques masques africains de plus

Avant d’atteindre le clou du spectacle, à savoir la dernière salle, on s’arrêtera quelques instants pour jeter un oeil attentif à une sélection de masques dont l’imposant Nimba des Baga, présenté ici avec son épaisse coiffe de raphia ; ainsi qu’à des masques striés du culte Kifwebe des Songye dont un exemplaire à l’allure tout à fait particulière, bien loin des canons stylistiques habituellement rencontrés. Un Mbap mteng est aussi exposé, long masque couvert de coquillages représentant l’éléphant chez les peuplades du Grassland au Cameroun.
Quelques pièces en ivoire viennent compléter la longue vitrine : des statuettes Lega liées au culte du Bwami, et des masquettes-amulettes protectrices Ikhokhoo des Pende portées autour du cou par les garçons nouvellement initiés et représentant les masques qu’ils seront destinés à porter ultérieurement.
Notons enfin la présence d’autres masques des groupes Dan, Bron, Senoufo, Mende,… Une imposante porte Yoruba décorée de nombreux personnages colorés ainsi qu’un panneau ancestral Kalabari sont exposés sur les murs.

L’exceptionnelle collection de bronzes et ivoires du royaume de Bénin

La dernière salle nous ouvre les portes du royaume de Bénin au travers d’une collection unique de diverses pièces en bronze, ivoire et corail : plaques figuratives, têtes, masques, cavaliers, léopards etc sont au rendez-vous.

L’un des quatre masques pectoraux. Ivoire, fer, cuivre. H. 22.5cm

La collection de pièces du Bénin présente au British Museum est l’une des plus célèbres au monde. On peut la subdiviser en deux groupes distincts : d’une part les ivoires et bronzes du palais royal façonnés par les artistes de la cour comme objets régaliens. D’autre part, les objets en ivoire taillés expressément comme objets souvenirs destinés aux premiers Européens à être entrés en contact avec l’Afrique de l’ouest.
Selon N. MacGregor, directeur du musée, les bronzes de Bénin ont toujours eu une portée politique, exprimant initialement l’hégémonie et la domination de la royauté sur le monde extérieur.
Alors que les pièces en bronze exposées ont été acquises par le British Museum de différentes manières au fil du temps (dons, legs, achats), toutes proviennent, à l’origine, de la mise à sac du palais royal par l’expédition punitive lancée par les forces britanniques en 1897 à la suite du massacre d’une délégation diplomatique la même année.
Indépendamment de la question très actuelle de la légitimité et du rapatriement des pièces acquises, je vous invite à découvrir ces pièces en gardant à l’esprit la richesse culturelle et historique qu’elles représentent.

Ci-dessous, les plaques du palais, chacune étant unique, figurant tantôt des soldats, des dignitaires ou des colons portugais armés de leur fusil. Ces plaques ornaient les piliers du palais. Chaque détail a fait, et fait encore de nos jours, l’objet d’études approfondies. Ces pièces inestimables d’un point de vue artistique constituent également de fabuleux témoignages historiques.
Les représentations de cavaliers sont quand à elles connues pour avoir été exposées sur des autels royaux. Les connaissances actuelles à leur sujet laissent encore cependant une bonne place au doute quant à leur identification. Les avis divergent donc sur leur signification.
Les forgerons edo ont fait la part belle aux représentations de léopard, qu’il s’agisse de masques ou de figures complètes, animal mythologique dans l’histoire du royaume, ainsi qu’aux têtes coulées à l’effigie de rois et de reines et à d’autres objets tels que les épées cérémonielles eben.

Art traditionnel et art contemporain

Revenons, pour terminer, sur l’aspect scénographique du British Museum. Si l’on peut regretter la mise en valeur — et surtout l’éclairage ! — relativement pauvre des objets exposés qui ne m’a définitivement pas aidé dans ce reportage photographique, on notera que des espaces ont été dédiés d’une part à des artistes africains contemporains ainsi qu’à des oeuvres inspirées par l’art tribal.
Ainsi, une toile à l’allure warholienne de l’artiste du Botswana Ann Gollifer, dans laquelle Marylin Monroe est remplacée par une déclinaison d’un masque Lipiko Makonde, orne la cage d’escaliers menant à la galerie Sainsbury. À l’intérieur, plusieurs oeuvre contemporaines occupent l’espace : “Tree of life” — assemblage de pièces d’armes à feu — ; “Les femmes Peul”, fétiche élancé par l’artiste Gérard Quenum sur les thèmes de la maternité et de la guerre ; et enfin, un thème que je vous invite à explorer plus en profondeur au Musée de Binche : les mascarades africaines au Carnaval avec les figures Moko Jumbie de l’artiste britanico-trinidadien Zak Ové.

Galerie L&Z Arts partenaire du Musée International du Carnaval et du Masque de Binche

Etienne Z

Quel meilleur lieu pour accueillir le Musée International du Carnaval et du Masque que le centre de la ville de Binche dont le carnaval vieux de plus de six siècles a été élevé au rang de patrimoine culturel et immatériel de l'humanité par l'UNESCO ?
Passons cette question rhétorique et découvrez notre visite exclusive de ce lieu au sein duquel vous voyagerez parmi les traditions masquées du monde entier.

Le musée est installé dans ce qui était au départ l'ostel du comte de Lalaing dont la première mention date de 1570, un lieu d'intérêt donc, qui a traversé les siècles et a accueilli diverses institutions avant d'être classé en 1965 par la Commission royale des Monuments et des Sites. C'est en 1975 que Samuel Glotz inaugure le musée qui n'a cessé de se réinventer et dont les collections atteignent désormais les 10 000 pièces (masques, tenues, instruments, marionnettes et autres objets connexes confondus). Stéphane et moi avons été aimablement reçus par la directrice actuelle, Mme Clémence Mathieu qui nous a fait visiter la partie publique mais également le Saint des saints du musée : la réserve où dorment les pièces attendant patiemment d'être exposées.

Des masques revisités et des fétiches

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Concrètement, le rez-de-chaussée accueille les expositions temporaires à thème mettant à l'honneur des artistes et des structures partenaires. Lors de notre visite, on pouvait, en autres, observer une ré-interprétation de masques phares de l'art africain — Songye, Lega, Pende — créée par l'artiste plasticien Jean-Marc De Pelsemaeker dont le support de développement de l'écriture picturale emprunte souvent des thèmes trouvés dans l'histoire de l'art, la religion, la vie quotidienne. Des masques africains récents sont ici couverts d'une couche de peinture phosphorescente complétée d'une calligraphie personnelle chargée d'images et de symboles.

La suite du niveau est actuellement attribuée à l'exposition "Guérir - Ensorceler" faisant découvrir au visiteur les objets et cultes magiques en lien avec le fétichisme. Ce dernier traîne une réputation négative dans l'imaginaire collectif. À une salle aux couleurs noir et rouge accueillant des objets et mises en scène liés à des rituels maléfiques, succède une salle claire et chaleureuse où sont exposés des objets divinatoires et apotropaïques, la face généralement méconnue du fétichisme tribal.
Fétiche à clous Nkisi Nkonde, accordéon Pende Galukoji, objets vaudou Bizango, panier de chaman Chepang, masques, poupées et hochets, autant d'objets issus de différents continents qui répondent à des besoins mystiques et superstitions dans la vie des communautés. Exposition prolongée jusqu'au 23 septembre 2018, vous avez donc encore quelques jours pour en profiter.

Les masques des 5 coins du monde

L'étage supérieur se subdivise quant à lui en plusieurs parties distinctes. On y trouve l'exposition permanente de masques africains, océaniens, américains, asiatiques et européens ainsi qu'une partie spécialement dédiée au carnaval de Binche, aile actuellement en cours de refonte intégrale pour accueillir, à terme, une scénographie interactive et innovante.
Un espace est réservé à l'expo temporaire des mascarades d'une région spécifique, "Au royaume des touloulous, Carnaval de Cayenne" lors de notre visite. Dans ce cadre, le musée concrétise sa volonté de proposer une muséographie moderne et originale en réintégrant les masques à leur contexte rituel afin d'optimiser l'impact muséal de l'exposition sur le visiteur.
En effet, comme en parle Marc Coulibaly dans son ouvrage Des masques cultuels au masque muséifié, la mise en scène muséographique des masques a tendance à les figer dans la mesure où seule la forme plastique est mise en valeur par une scénographie elle-même devenue un art, ce qui a pour conséquence de faire fi du contexte du masque et de son usage.
Pour offrir une expérience contextualisée, le musée a utilisé diverses techniques scénographiques dont deux installations audiovisuelles : l'une place le spectateur au centre de plusieurs écrans de projection où il observera des films illustrant les danses masquées. Dans l'autre salle, le visiteur devient auditeur ; il est plongé dans un espace confiné au cœur de l'ambiance sonore qui accompagne ces festivités. Deux installations créées par Laure Chatrefou et Anne Guillou.
Ensuite, une large variété de masques est exposée tantôt sur socles, tantôt en vitrine, classés selon qu'ils proviennent de tel ou tel continent. Le visiteur pourra constater, malgré la richesse des formes, des motifs et des significations, que certains éléments sont récurrents en dépit des distances, voire d'un continent à l'autre. Ces patterns de traits communs concernent les thématiques abordées mais aussi les formes, les matériaux et les techniques employés. 
Une opportunité d'étude comparative qui illustre bien les propos de M. Mead en 1970 : "En illustrant les différences culturelles de chaque groupe humain et en soulignant les contributions qu'ils font à la société, les musées peuvent aider les gens à mieux se situer dans leur humanité commune."
Le visiteur appréciera par ailleurs les descriptifs concis qui accompagnent les pièces. Il est bon de noter que le musée considère le masque dans sa globalité et pas seulement au sens facial où l'on a tendance à l'entendre. Ainsi, autant que possible, les tenues intégrales sont présentées, ce qui, en plus d'un souci évident de fidélité à la réalité, permet au visiteur de prendre la pleine mesure de ces costumes rituels et participe une nouvelle fois à la contextualisation des pièces.

Ces tenues parfois composées de fibres végétales ou d'autres matériaux fragiles sont stockées dans des conditions d'hygrométrie adaptées afin d'en assurer une conservation optimale. C'est au sous-sol que Stéphane et moi avons pu découvrir la réserve où sont entreposés des milliers de pièces dont l'inventaire est en cours : la caverne d'Alibaba pour tout collectionneur d'art primitif, pas seulement africain, et une opportunité exclusive pour L&Z Arts.
Qui dit acquisition de biens culturels originaires de pays éloignés pose une question éthique. Mme Mathieu témoigne de la sensibilité du musée à ce sujet qui veille à la qualité de ses sources en étant fourni depuis longtemps par des ethnographes et chercheurs présents sur le terrain.

Musée International - Public local

On l'a vu, le Musée du masque de Binche est un formidable outil doté de pièces aussi nombreuses que variées et mu par une volonté de modernité et d'interactivité : des animations y sont régulièrement organisées comme par exemple une reconstitution de mascarade des touloulous de Cayenne en lien avec l'exposition, évènement qui pourrait suggérer, un jour ou l'autre, la reconstitution de danses ethniques africaines ?
Actuellement, le public est constitué de nombreuses écoles qui représentent à elles seules la moitié des visites annuelles. Ce lieu du patrimoine wallon mérite à nos yeux l'intérêt d'un plus vaste public, sentiment partagé par la directrice Mme Mathieu qui souhaite attirer davantage de visiteurs à une échelle plus grande. C'est avec plaisir et honneur que Stéphane et moi par le biais d'L&Z Arts apporterons notre aide au développement et à la promotion du MUM afin de faire connaître ce petit joyau hainuyer à nos amis collectionneurs en Belgique et à l'étranger.

 
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Pour visiter ce lieu : Rue Saint-Moustier 10, 7130 Binche, Belgique