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Nos articles de blog consacrés à des événéments et des lieux liés de près ou de loin au domaine de l’art tribal africain.

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Galerie L&Z Arts partenaire du Musée International du Carnaval et du Masque de Binche

Etienne Z

Quel meilleur lieu pour accueillir le Musée International du Carnaval et du Masque que le centre de la ville de Binche dont le carnaval vieux de plus de six siècles a été élevé au rang de patrimoine culturel et immatériel de l'humanité par l'UNESCO ?
Passons cette question rhétorique et découvrez notre visite exclusive de ce lieu au sein duquel vous voyagerez parmi les traditions masquées du monde entier.

Le musée est installé dans ce qui était au départ l'ostel du comte de Lalaing dont la première mention date de 1570, un lieu d'intérêt donc, qui a traversé les siècles et a accueilli diverses institutions avant d'être classé en 1965 par la Commission royale des Monuments et des Sites. C'est en 1975 que Samuel Glotz inaugure le musée qui n'a cessé de se réinventer et dont les collections atteignent désormais les 10 000 pièces (masques, tenues, instruments, marionnettes et autres objets connexes confondus). Stéphane et moi avons été aimablement reçus par la directrice actuelle, Mme Clémence Mathieu qui nous a fait visiter la partie publique mais également le Saint des saints du musée : la réserve où dorment les pièces attendant patiemment d'être exposées.

Des masques revisités et des fétiches

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Concrètement, le rez-de-chaussée accueille les expositions temporaires à thème mettant à l'honneur des artistes et des structures partenaires. Lors de notre visite, on pouvait, en autres, observer une ré-interprétation de masques phares de l'art africain — Songye, Lega, Pende — créée par l'artiste plasticien Jean-Marc De Pelsemaeker dont le support de développement de l'écriture picturale emprunte souvent des thèmes trouvés dans l'histoire de l'art, la religion, la vie quotidienne. Des masques africains récents sont ici couverts d'une couche de peinture phosphorescente complétée d'une calligraphie personnelle chargée d'images et de symboles.

La suite du niveau est actuellement attribuée à l'exposition "Guérir - Ensorceler" faisant découvrir au visiteur les objets et cultes magiques en lien avec le fétichisme. Ce dernier traîne une réputation négative dans l'imaginaire collectif. À une salle aux couleurs noir et rouge accueillant des objets et mises en scène liés à des rituels maléfiques, succède une salle claire et chaleureuse où sont exposés des objets divinatoires et apotropaïques, la face généralement méconnue du fétichisme tribal.
Fétiche à clous Nkisi Nkonde, accordéon Pende Galukoji, objets vaudou Bizango, panier de chaman Chepang, masques, poupées et hochets, autant d'objets issus de différents continents qui répondent à des besoins mystiques et superstitions dans la vie des communautés. Exposition prolongée jusqu'au 23 septembre 2018, vous avez donc encore quelques jours pour en profiter.

Les masques des 5 coins du monde

L'étage supérieur se subdivise quant à lui en plusieurs parties distinctes. On y trouve l'exposition permanente de masques africains, océaniens, américains, asiatiques et européens ainsi qu'une partie spécialement dédiée au carnaval de Binche, aile actuellement en cours de refonte intégrale pour accueillir, à terme, une scénographie interactive et innovante.
Un espace est réservé à l'expo temporaire des mascarades d'une région spécifique, "Au royaume des touloulous, Carnaval de Cayenne" lors de notre visite. Dans ce cadre, le musée concrétise sa volonté de proposer une muséographie moderne et originale en réintégrant les masques à leur contexte rituel afin d'optimiser l'impact muséal de l'exposition sur le visiteur.
En effet, comme en parle Marc Coulibaly dans son ouvrage Des masques cultuels au masque muséifié, la mise en scène muséographique des masques a tendance à les figer dans la mesure où seule la forme plastique est mise en valeur par une scénographie elle-même devenue un art, ce qui a pour conséquence de faire fi du contexte du masque et de son usage.
Pour offrir une expérience contextualisée, le musée a utilisé diverses techniques scénographiques dont deux installations audiovisuelles : l'une place le spectateur au centre de plusieurs écrans de projection où il observera des films illustrant les danses masquées. Dans l'autre salle, le visiteur devient auditeur ; il est plongé dans un espace confiné au cœur de l'ambiance sonore qui accompagne ces festivités. Deux installations créées par Laure Chatrefou et Anne Guillou.
Ensuite, une large variété de masques est exposée tantôt sur socles, tantôt en vitrine, classés selon qu'ils proviennent de tel ou tel continent. Le visiteur pourra constater, malgré la richesse des formes, des motifs et des significations, que certains éléments sont récurrents en dépit des distances, voire d'un continent à l'autre. Ces patterns de traits communs concernent les thématiques abordées mais aussi les formes, les matériaux et les techniques employés. 
Une opportunité d'étude comparative qui illustre bien les propos de M. Mead en 1970 : "En illustrant les différences culturelles de chaque groupe humain et en soulignant les contributions qu'ils font à la société, les musées peuvent aider les gens à mieux se situer dans leur humanité commune."
Le visiteur appréciera par ailleurs les descriptifs concis qui accompagnent les pièces. Il est bon de noter que le musée considère le masque dans sa globalité et pas seulement au sens facial où l'on a tendance à l'entendre. Ainsi, autant que possible, les tenues intégrales sont présentées, ce qui, en plus d'un souci évident de fidélité à la réalité, permet au visiteur de prendre la pleine mesure de ces costumes rituels et participe une nouvelle fois à la contextualisation des pièces.

Ces tenues parfois composées de fibres végétales ou d'autres matériaux fragiles sont stockées dans des conditions d'hygrométrie adaptées afin d'en assurer une conservation optimale. C'est au sous-sol que Stéphane et moi avons pu découvrir la réserve où sont entreposés des milliers de pièces dont l'inventaire est en cours : la caverne d'Alibaba pour tout collectionneur d'art primitif, pas seulement africain, et une opportunité exclusive pour L&Z Arts.
Qui dit acquisition de biens culturels originaires de pays éloignés pose une question éthique. Mme Mathieu témoigne de la sensibilité du musée à ce sujet qui veille à la qualité de ses sources en étant fourni depuis longtemps par des ethnographes et chercheurs présents sur le terrain.

Musée International - Public local

On l'a vu, le Musée du masque de Binche est un formidable outil doté de pièces aussi nombreuses que variées et mu par une volonté de modernité et d'interactivité : des animations y sont régulièrement organisées comme par exemple une reconstitution de mascarade des touloulous de Cayenne en lien avec l'exposition, évènement qui pourrait suggérer, un jour ou l'autre, la reconstitution de danses ethniques africaines ?
Actuellement, le public est constitué de nombreuses écoles qui représentent à elles seules la moitié des visites annuelles. Ce lieu du patrimoine wallon mérite à nos yeux l'intérêt d'un plus vaste public, sentiment partagé par la directrice Mme Mathieu qui souhaite attirer davantage de visiteurs à une échelle plus grande. C'est avec plaisir et honneur que Stéphane et moi par le biais d'L&Z Arts apporterons notre aide au développement et à la promotion du MUM afin de faire connaître ce petit joyau hainuyer à nos amis collectionneurs en Belgique et à l'étranger.

 
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Pour visiter ce lieu : Rue Saint-Moustier 10, 7130 Binche, Belgique

Visite au Musée Africain de Namur

Etienne Z

Divers masques africains. Pende, Yaka, Suku, Ngeendé, Luba, Kongo, Chokwe : autant d'ethnies représentées.

Divers masques africains. Pende, Yaka, Suku, Ngeendé, Luba, Kongo, Chokwe : autant d'ethnies représentées.

Un bref historique

Pour présenter le Musée Africain de Namur, un petit retour en arrière s'impose. On remonte à l'impulsion coloniale lancée par Léopold II pour l'ouverture de voies destinées à permettre l'accès au plus profond du continent africain, et en particulier du Congo.
Cet appel à l'exploration a suscité l'intérêt de pas mal de personnes dont des Namurois. Tous n'en revinrent pas indemnes voire pas du tout, et les survivants se rassemblèrent pour former une association sous le nom de "société d'études et d'intérêts coloniaux".
Au fil des années et toujours dans l'optique de faire découvrir l'Afrique et plus particulièrement le Congo à tout un chacun, l'idée de la création d'un musée germa pour se concrétiser en 1912.
La structure changea plusieurs fois de nom dans les décennies qui suivirent et l'implantation du musée fut plusieurs fois déplacée pour finalement se fixer dans la caserne Léopold (dite des lanciers) dans le centre de Namur.
Progressivement, les collections du musée se sont enrichies grâce à des dons à la fois de la famille royale, de pères missionnaires, de personnalités militaires, d'anciens coloniaux ainsi que grâce à des mécènes.

Des masques africains mais pas seulement

La première salle du musée permet de se plonger à la fin du XVIIIème siècle. À renfort de cartes de l'Afrique établies au fur et à mesure des années, on observe le découpage des territoires et l'exploration progressive des contrées jusqu'alors vierges de toute colonisation occidentale. En parallèle sont présentés les portraits, journaux de bord, carnets et historiques des diverses expéditions effectuées par de grands noms comme Stanley, Vrithoff, Ramaeckers,...
Une introduction historique bien utile à la compréhension des liens qui nous unissent encore aujourd'hui au Congo.

Dans les salles qui suivent, le visiteur découvrira bien sûr des objets ethniques comme des masques, des statues, des bronzes et divers objets usuels (instruments de musique, vanneries,...). Sur les murs est exposée une impressionnante collection de couteaux de prestige, de lances et d'arcs d'une rare variété ayant appartenu à Josué Henry de la Lindi, une bonne centaine de pièces dont ses descendants ont aimablement fait don au musée. Une collection qui ravira sans aucun doute tout amateur d'armes tribales authentiques.
Sanza, tambours à fente et divers oliphants en ivoire et os sont aussi présentés.
Plusieurs vitrines permettent quant à elles de faire découvrir au visiteur la variété des masques africains congolais à travers plusieurs pièces emblématiques comme les masques de guerrier Salampasu, les masques Pende (Mbangu, Mbuya,...), Chokwe, Suku et Yaka,... De petites figurines Kongo, Chokwe et bien d'autres encore sont visibles. Si des étiquettes sont présentes pour identifier les pièces, on regrettera l'absence de catalogue du musée offrant un complément d'information pour toutes les pièces présentées. Des visites guidées didactiques sont cependant proposées par le directeur-conservateur M. François Poncelet qui parvient à capter et maintenir l'attention du public sur tous les aspects qu'il développe, ni trop ni trop peu, tout en chassant les idées reçues sur l'art primitif. J'en veux pour exemple la petite anecdote concernant l'un des masques Chokwe n'ayant aucun lien avec une quelconque initiation mais simplement sculpté pour se moquer de l'apparence des colons blancs et de leur prétention.
M. Poncelet démontre par là que les objets d'art africain n'ont pas nécessairement une portée rituelle mais participent à une forme d'expression et de communication des individus.

Une réflexion contemporaine

Une volonté de réflexion sur ce passé délicat
— F. Poncelet, conservateur-directeur
L'ombre de Léopold II sur le Congo, une belle métaphore.

L'ombre de Léopold II sur le Congo, une belle métaphore.

Si la seconde salle comporte un buste de Léopold II triomphant, la triste réalité a rattrapé la réputation de ce personnage — auparavant présenté comme héros — à cause des exactions commises par son administration dans le cadre du pillage des richesses naturelles et l'exploitation systématique des tribus locales. 
On appréciera que le musée ait choisi d'assumer pleinement cet héritage avec ses bons et ses mauvais aspects, et présente plutôt une volonté de réflexion sur ce passé délicat. La démarche va plus loin puisque c'est selon cette réflexion que le directeur choisit de faire découvrir au public la salle dédiée aux richesses naturelles du Congo avec un accent tout particulier mis sur les richesses géologiques et minerais précieux pillés de longue date par l'Union minière puis indirectement par les multinationales peu scrupuleuses par l'entremise de groupes armés.

Ainsi, M. Poncelet fait ou refait la lumière sur le lien étroit entre les gadgets high-tech de notre vie quotidienne et les problèmes humanitaires qui en découlent dans ces lointaines contrées. On notera la présence de "croisettes du Katanga" à la fois objets rituels et monnaies de cuivre.
On le voit jusque là, le musée n'a pas pour vocation d'être focalisé sur l'art africain. Une belle superficie est d'ailleurs réservées à la nature et à l'énorme biodiversité vivant dans ce pays aux régions tantôt planes, clairsemées et sèches, tantôt montagneuses, boisées et humides. De nombreux spécimens de toutes sortes forment un petit musée des sciences naturelles du Congo.

"Croisettes du Katanga"

"Croisettes du Katanga"

Le Musée Africain de Namur ne doit donc pas être envisagé comme un musée d'art ou d'ethnographie au risque de décevoir, mais plutôt comme un lieu de mémoire retraçant depuis les débuts de la colonisation jusqu'à nos jours le lien qui nous unit au Congo. Les objets ethniques sont néanmoins présents et conservent un intérêt pédagogique, tout comme le reste du musée.
Pour visiter ce lieu : Rue du 1er Lanciers 1, 5000 Namur, Belgique.
https://musafrica.net/